Un îlot de sénescence pour favoriser la biodiversité en forêt domaniale de l’Escandorgue
La forêt domaniale de l’Escandorgue, intégrée aux sites Natura 2000 du "Causse du Larzac", accueille un projet innovant de conservation forestière : la création d’un îlot de sénescence. Ce contrat forestier, signé dans le cadre du dispositif Natura 2000, vise à préserver et développer des habitats riches en biodiversité en protégeant les arbres sénescents et leurs micro-habitats.
Un îlot de sénescence, qu’est-ce que c’est ?
Un îlot de sénescence est une zone forestière dans laquelle les interventions humaines, notamment sylvicoles, sont limitées voire interdites sur une longue durée. L’objectif est de permettre aux arbres d’atteindre des stades avancés de maturité et de vieillissement, essentiels pour certaines espèces. Ces arbres abritent des cavités, des décollements d’écorce, des branches mortes, et même des champignons lignicoles, créant ainsi des conditions propices à une biodiversité spécifique.
Dans la forêt de l’Escandorgue, l’îlot proposé s’étend sur 4,3 hectares. Il comprend des arbres présentant déjà des signes de sénescence, ainsi que des arbres de grand diamètre qui évoluent naturellement vers cet état.
Les enjeux écologiques du projet
La forêt de l’Escandorgue, dominée par des hêtraies calcicoles, est un habitat d’intérêt communautaire (code Natura 2000 9150). Ces milieux abritent une biodiversité exceptionnelle, notamment des chiroptères (chauves-souris) comme la Barbastelle d’Europe et le Murin de Bechstein, des coléoptères saproxyliques tels que le Grand Capricorne et le Lucane cerf-volant, ainsi que des oiseaux rares comme le Pic noir.
Le maintien et la création de bois sénescents permettent de répondre aux besoins écologiques de ces espèces :
- Les chauves-souris arboricoles, comme la Barbastelle, utilisent les cavités et les fentes des vieux arbres comme gîtes.
- Les insectes xylophages, tels que le Pique-Prune, trouvent dans ces micro-habitats des conditions idéales pour leur cycle de vie.
- Les oiseaux cavernicoles, comme le Pic noir, profitent des cavités pour nidifier.
Outre la préservation des espèces, l’absence d’intervention sylvicole favorise également la régénération naturelle de la forêt et contribue à la protection des sols et des ressources en eau.
Modalités techniques et engagements
Le contrat forestier signé pour cet îlot repose sur deux sous-actions principales :
- La protection des arbres présentant des signes de sénescence ou un diamètre important.
- La conservation de l’espace interstitiel entre ces arbres, permettant une évolution naturelle sans intervention sylvicole.
L’Office National des Forêts (ONF), maître d’ouvrage, s’engage à maintenir cette zone hors sylviculture pendant au moins 30 ans. Ce temps long garantit l’épanouissement des arbres et le développement des habitats associés.
Des inventaires préliminaires ont permis d’identifier 84 arbres sénescents, majoritairement des hêtres, mais aussi des érables champêtres et des chênes verts. Ces arbres présentent déjà des caractéristiques favorables à la biodiversité, telles que des cavités pleines de terreau, des branches mortes et des zones de nécrose.